Sueur

EroSphère, le festival parisien des créativités érotiques, a invité l’atelier Prendre corps en ouverture du festival Off ! C’est sous les pierres de Cris & Chuchotements – le club parisien fetish & SM – que nous avons exploré de quoi était faite notre sueur…

Au cours de cet atelier nous évoquons des glandes et des bactéries, des chiens et des hommes puis, nous collectons des souvenirs, des températures, des territoires, des sensations, des consistances, des peaux, des dos en nage, sans oublier quelques sueurs froides… Ces notes d’exploration sont ensuite mises en forme poétique pour exprimer vos sensations, au plus juste, avec l’aide précieuse du groupe.

J’ai eu le plaisir de donner lecture de certains des textes produits au cours de cet atelier lors de la soirée d’ouverture du festival (merci à Aurélien Jena pour les images!)

Les eXplorations poétiques réalisées lors de l’atelier du 10 juin 2016 : 

Tu es allongé sur le flanc dans les draps en pagaille. Les courbes de ton corps reflètent la lumière écrue et tamisée du matin. C’est l’été, il fait doux. Tu dors le visage détendu, tu sembles sourire.

Mon regard glisse sur la ligne ondulée de ton corps : tes épaules, tes côtes, ta hanche, ta cuisse jusqu’à ta cheville ; mais te voir ne me suffit pas, je veux te faire pénétrer en moi, t’absorber, t’intérioriser.

Ma langue décide alors de suivre les sillons de ta transpiration, elle te goûte, elle te lèche… je me délecte. Ta saveur me transporte jusque dans le désert mauritanien où j’ai goûté le sel des mines à ciel ouvert. Le sel, ton sel.

Sabine

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Attente égale moiteur des mains que je sens d’un coup, impatience, je bouge d’un pied sur l’autre, des décharges électriques qui envahissent mon corps qui se met à trembler légèrement. Chaleur qui monte, des gouttes de sueur qui perlent de mes aisselles. Je prends un livre, ma main moite glisse sur la couverture. J’essaie de lire, mais mes yeux ne voient pas. Des images, des pensées qui passent dans ma tête. Je relis la même phrase, encore et encore, sans comprendre un mot. Je regarde la montre, déçue. Je sens de la sueur froide, des frissons qui reviennent, j’ai presque froid, un goût amer dans la bouche. Je guette le moindre bruit, mes sens sont en alerte, mon corps prêt à bondir au moindre mouvement. Mon corps est tendu, je sens ma nuque qui commence à me faire mal. Je me regarde et je souris de toutes ces réactions. Et pourtant je ne peux pas les empêcher. La colère qui monte, un peu de frustration, moiteur encore plus forte. Je ferme les yeux et je sens cette impuissance qui m’envahit, peur de perdre le contrôle. Soudain, j’entends la porte de l’immeuble, j’ouvre les yeux. Je me lève, mes sens s’éveillent, je tends l’oreille, quelqu’un monte, plus haut, vers chez moi. Mon cœur commence à battre plus fort, je tremble. Le bruit des pas se fait plus fort, s’arrête. Tu tapes à la porte, soulagement, mes épaules s’affaissent, le poids que je sentais disparaît, mon sourire revient, je respire, le corps ne tremble plus. J’ouvre et là, d’autres sensations viennent, mais ça c’est une autre histoire.

Jaz

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Fusion

Je suis assis en tailleur, immobile, le dos droit. Je suis un roc.
J’attends, je n’espère rien, je me fais confiance.
Je suis ancré dans le sol, je me nourris de l’énergie de la terre.
Elle arrive, elle m’a choisi et vient enrouler ses jambes autour de ma taille, comme une liane le ferait autour d’un tronc d’arbre, son sexe contre le bas de mon ventre.
La liane se transforme maintenant en bambou bercée par une respiration profonde sourde qui prend racine dans la chaleur de nos sexes.
Chaque nouvelle respiration s’accentue. Le végétal se mélange au minéral, donnant naissance à une boule de feu. Le roc se liquéfie, le bambou s’humidifie.
De cet échange ne reste que le mélanges de nos sueurs…

L’amant tantrique