Dans mon poing serré

C’est un espace qui n’existe qu’à l’instant où nous serrons le poing. J’aime bien ces zones ambiguës du corps. Ainsi chaque main porte en elle un poing serré dont on ne sait pas quand ni surtout pourquoi il apparaîtra : enthousiasme ? colère ? froid ? combativité ? préhension ? (voir aussi : les empreintes d’Aude Medori)

Au cours de cet atelier nous prenons le temps d’observer comment la main se transforme en poing, puis je vous accompagner dans la découverte des impressions, émotions ou souvenirs inscrits dans votre poing serré. Ces notes d’exploration sont ensuite mises en forme poétique pour exprimer vos sensations, au plus juste, avec l’aide précieuse du groupe.

Les eXplorations poétiques réalisées lors de l’atelier du 26 janvier 2016

Dans mon poing serré le souvenir
de l’enfance humide et fripée – je suce pas maman a eu raison de l’interdire – la succion bloque les mâchoires – les dents de travers elles pousseront a dit maman.

Dans mon poing serré le souvenir
de l’adolescence contenue en silence – la colère graine et s’amoncelle – un jour trop plein éclabousse la table – maman ne sourit pas pourtant mes dents ont poussé droit.

Dans mon poing serré le souvenir
du secret innocent – tes cheveux noirs je tire mon amour tiré par les cheveux – fine pellicule de poussière je retiens de ton passage éphémère entre mes reins – je ne suis plus son enfant maintenant a dit maman.

Dans mon poing serré le souvenir
du premier abandon à s’oublier – ton prénom pernicieux je murmure constamment – la muqueuse buccale brûlante de tes relents – la gencive en cloque s’est mise à saigner – tes dents tombent comme une enfant a dit maman.

Dans mon poing serré le souvenir
de ma colère papier mâché – ton sourire je tords mes phalanges raclent sur tes dents – porcelaines broyées je les porte à ma bouche – j’avale tes éclats riant(s) à m’en étouffer- une couronne sur un trou n’a jamais rien réparé a dit maman.

Lau

***

Il y la mer
le bruit de la mer
des cris des jeux
au bord des vagues
le sable crisse sous mes pieds
une moule décrochée du rocher
mon filet à pêche troué
l’orage qui vient,
violet,
je tends les doigts,
et l’enfance disparaît.

RT

***

Dans mon poing, qui palpite,
un petit oiseau tiède,
plumes poussin ébouriffées,
peignées de pourpre et effilées,
en longue traîne, traînée pampille.
L’oiseau s’est envolé.

Dans mon poing encore tiède,
un autre petit oiseau né palpite
au creux du temps creusé d’années.
De mon poing serré, je tire
des générations spontanées,
en colonies d’oiseaux, à longues traînes.

Leurs traînées ondulent sur le ciel
Caracas Chine Afrique ou Bagatelle
pampilles qui grelottent, ombres portées
sur le menton levé, des enfants
les montrent du doigt, excités
inconscients, l’autre main s’est fermée.

De leurs poings serrés tombent,
de grosses gouttes tièdes
sur la terre, le sable, le béton,
la moquette du salon,
de petites flaques rouges
et quelques plumes poisseuses.

Juliette C.