La salive

Avaler, cracher, embrasser, manger, débattre, sucer, digérer… j’avais envie de travailler sur la salive parce qu’elle se situe au croisement de différents appétits. Et puis c’est une matière qui s’échange, nous la produisons dans notre intimité et elle est un lien, un liant, avec notre environnement. Je crois que c’est une matière qui a beaucoup de confidences à faire. (voir aussi : Les Gens d’Uterpan X-Event 2.7 Les salives)

Au cours de cet atelier, je vous accompagne dans l’examen des impressions, émotions ou souvenirs charriés par votre salive. Ces notes d’exploration sont ensuite mises en forme poétique pour exprimer vos sensations, au plus juste, avec l’aide précieuse du groupe.

Les eXplorations poétiques réalisées lors de l’atelier du 17 novembre 2015

Enseveli, envahi, au milieu de celle-ci
Sourde, se déroule, elle m’engloutit
Lame de fond et éblouissement
Nirvana, je glisse

J.G.

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Pose ton regard sur ma bouche
Frôle la plaie ouverte qui balbutie ton nom
Laisse mes silences t’envahir, mon bégaiement t’affranchir
Je serai ta pulpe, ton fruit
La nuit crisse dans chacun de tes gestes
Ose, je t’en prie, ose
Plonge dans le gouffre à demi-ouvert
infiltre toi dans mon souffle
Déjà je sens tes plus belles noirceurs m’envahir
Je frémis, je danse
La nuit est ce point, ce moment, ce territoire
où les sens sont saisis d’effrois
Tu tiens ma voix, tu assièges ma langue
Couvre moi de tes milles bouches
Enveloppe moi, inonde moi
Oui
Je deviens ta nuit, la chair même de ton souffle

Vincent Comte

***

Quelque chose vient d’entrer dans cette grande boite noire qu’est mon corps.
Mon corps est mort, il y a bien longtemps.
Mort, enterré, mon corps, le corps.

On lui a fait nos adieux, au corps, il y a bien longtemps.
Il est devenu froid, dur, comme un cadavre.
Je le traîne, il est lourd.
Il ne dit rien.

Seul les bruits du dedans (y) raisonnent.
Les bruits de la tête, petits cliquetis foudroyants.
Mort en soi. Je porte les bruits, je traîne le corps.

Quelque chose vient d’entrer dans cette grande boîte noire qu’est mon corps.
Un petit ver.
Un solitaire.
Un petit ver doux, gluant, intrépide.

Il est entré par l’orifice droit du haut de la tête, où les bruits s’emmêlent avec le dedans.
Il les a dévoré, les bruits, lentement.
Laissant derrière lui une trainée calme.

Le corps a respiré, a bougé.
Quelque chose vient d’entrer…

Lau

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Je respire, brutalement. Dans l’attente d’un dégout désiré.

Je le vois, ce filament visqueux poursuivre lentement sa chute vers mon épiderme. L’impact vient immédiatement former une petite flaque gélatineuse et brillante. Mais le lien ne se rompt pas, et, l’espace d’une seconde, nous sommes reliés.

Ton intérieur vient percuter mon extérieur.

Et puis, d’un coup, j’ai la chair de poule. Ma peau rejette : le lien s’est cassé. Une partie retourne à ta bouche, le reste s’échoue sur moi, mare glissante, froide et inconfortable. Je sens le moindre souffle d’air effleurer cet espace que tu as mis à nu.

Doucement, cette humidité envahissante commence à s’estomper. Elle pénètre les pores, s’enfonce et s’évapore pour ne garder que la fine pellicule protectrice.

C’est l’essence de toi.

Elle garde l’odeur de nos ébats, de nos vices et de nos secrets.

Camille Z.

***

Langue au chat

Cascade de salive. Vertigineuse. Verglacée. Reine des neiges glissant sur paroi lisse et dure. Sirènes ruisselant sous cascade vermillon.

Vers de terre englués de salive. Mouillés, perdus, entortillés. Mais sous terre, à l’abris de la cascade salivaire. Vers à soi. Vertige soyeux. Vertige salivaire. Ovaire. Salive d’ovaires sur paroi verglacée. Patinage, boucle, salto sur paroi salivaire.

Goutte à goutte sur vers de terre, vers à soi, vermisseaux. Grouillants. Poisseux. Collants. Gouttes vermillons. Vermicelles de doutes. Ballons de baudruche salivaire coulant sur les vers. Vermillon. Carrillon.

Musica ! Il a crié qu’il fallait de la musique. Violon, violoncelle, viole. Symphonie en vers salivaire. Vermine de silence. Notes vermoulues. Bémol de doutes.

Et la langue alors ? Retourner sous la cascade vertigineuse, nauséeuse. Glisser sur la paroi froide et dure. Dériver. Echouer sous la langue. Engluée de salive vermillon. Langue qui goutte à goutte dans la grotte. Grotte langagière émettant ballons de baudruche salivaire. Bombe à eau salivaire glissant sur la paroie verglacée. Vertigineuse. Vermoulue.

Et ce chat alors ? Chat noir léchant poils de cascade verglacée. Salive de chatte sur paroi givrée et poilue. Toboggan salivaire. Trou-noir. Langue de chatte sur cascade vermillon. Langue de chatte sur queue de sirène ruisselante.

Fin de la symphonie salivaire. Noir buccal. Applaudissement vermillon.

Laurence Verdier

***

Il me regarde avec ses yeux qui sentent le cul et qui me disent « viens sur ma bite, petite salope ! »
Moi, je suis un peu gênée, je n’ai pas l’habitude de faire ça. C’est embarrassant et un peu dégueulasse, tout de même !
Certes, il me paie pour assouvir cette paraphilie et je dois dire que c’est mon seul élément de motivation.

Je m’approche de son sexe turgescent. Je le sens, le renifle, il est sec et déjà tout dur. Je le mets dans ma bouche.
Bah, j’ai déjà envie de fuir pour vomir. Je voudrais arrêter mais il fantasme sur une logorrhée salivaire. Il veut que j’inonde son corps de salive comme un barrage dont on ouvre subitement les vannes.

Allez, courage, penche-toi sur ce sexe un peu puant et laisse venir cette salive. Je sens qu’elle s’accumule dans mon estomac au fur et à mesure que je le pompe.

Décidemment, je n’aime pas ça, je n’aime pas son sexe, il me rebute. Ce dégoût vient alimenter le flot, le flux de ma salive qui continue à stagner dans mon estomac. Elle est prête à surgir.
Elle monte, elle monte

Marie de l’Erosticratie